Pourquoi certains accords sonnent-ils comme s’ils allaient ensemble ? Parce qu’ils viennent de la même gamme. Construisons-les, un sur chaque note de la gamme.
Prends la gamme de C majeur. Pars de C et prends une note sur deux : C, E et G. C’est l’ de C majeur. Pars maintenant de D et fais pareil : D, F et A, l’accord parfait de D mineur. En faisant ça sur chaque note, tu obtiens sept accords, faits uniquement des notes de la gamme. Ce sont les accords de la gamme, qu’on appelle aussi accords diatoniques :
Les reprennent les signes de la leçon sur les triades : Dm, c’est D mineur, et B°, l’accord de quinte diminuée sur B.
On numérote ces accords d’après la note de la gamme sur laquelle ils sont construits, en chiffres romains de I à VII. Ce sont les degrés. Ici, une majuscule indique un accord majeur, une minuscule un accord mineur, et un petit rond (°) un accord diminué. Ainsi, l’accord construit sur D, le IIe degré, est mineur : on l’écrit ii. Cette façon d’écrire vient des méthodes anglo-saxonnes. Les livres d’harmonie français écrivent souvent tous les degrés en majuscules (II, VI) : c’est le même degré, seule l’écriture change. Dans toutes les majeures, le schéma est le même :
I ii iii IV V vi vii°
Trois accords majeurs (I, IV et V), trois accords mineurs (ii, iii et vi) et un accord diminué (vii°). L’accord du Ier degré est le , l’accord de repos. Les autres s’en éloignent, puis y ramènent.
En formation musicale, chaque degré a aussi un nom. Tu les croiseras partout, alors autant les connaître :
Trois de ces degrés définissent la tonalité : ce sont les degrés tonals, I, IV et V. Leurs trois accords majeurs contiennent à eux seuls les sept notes de la gamme (C E G, F A C et G B D). Chacun a sa fonction :
Les degrés modaux, III et VI, décident du mode : ce sont leurs notes qui changent entre majeur et mineur (E et A en C majeur, E♭ et A♭ en C mineur). Quant aux accords mineurs de la gamme, ils ont chacun deux notes en commun avec un accord majeur et peuvent donc le remplacer : Dm (ii) remplace souvent F (IV) avant la dominante, et Am (vi) peut prendre la place de C (I).
Reste le vii°, B° (B D F). Prends G B D et ajoute un F par-dessus : G B D F. C’est G7, l’accord de septième de dominante (on y reviendra). Enlève le G, et il reste exactement B D F. Voilà pourquoi le vii° joue le rôle d’une dominante. L’harmonie classique l’appelle d’ailleurs accord de septième de dominante sans fondamentale. Les deux points de vue décrivent les mêmes accords : le degré dit où se trouve un accord, la fonction dit ce qu’il fait. Tu retrouveras les fonctions dans les suites d’accords et les cadences.
Choisis n’importe quelle tonalité majeure : les notes changent, mais le schéma reste le même. (Passe en mineur pour jeter un œil à la section suivante.)
Les accords de G majeur :
En mineur, la même idée donne un autre schéma : i ii° III iv v VI VII. Et comme A mineur utilise les mêmes notes que C majeur, ses accords sont les sept mêmes accords, simplement numérotés à partir de A :
(C’est la . Son VIIe degré, G, est à un ton de la tonique. Ce n’est donc pas une sensible, mais une sous-tonique. La gamme mineure harmonique hausse ce G en G♯, qui devient la sensible, et l’accord du Ve degré devient majeur : E au lieu de Em en A mineur. C’est pourquoi les morceaux en mineur remplacent si souvent le v par un V majeur, qui ramène plus fort à la tonique.)
Sur le cercle des quintes, les trois accords majeurs d’une tonalité sont côte à côte : C au milieu, F (IV, la sous-dominante) d’un côté et G (V, la dominante) de l’autre. Leurs , Am, Dm et Em, sont juste à l’intérieur.
Suite : les enchaînements d’accords